Vienne, baroque et majestueuse

Plus Loin  /   /  de Jacques Lucchesi

Comme Rome, Paris ou Berlin, Vienne fait partie de ces grandes villes européennes chargées d’histoire, dont le seul nom évoque un monde flamboyant peuplé de spectres fameux, qu’ils s’appellent Strauss, Freud, Klimt ou Schnitzler.

Comment oublier, en effet, que Vienne a été la capitale d’un Empire médiéval et d’une monarchie comme celle des Hasbourg ? C’est pour ce faste savamment entretenu qu’on la visite, été comme hiver, avec l’espoir de recueillir un peu de cette manne prodigieuse dans sa mémoire et ses bagages.

Une ville contrastée

Si on l’aborde par la Mariahilfergasse, on risque fort d’éprouver un sentiment de déjà-vu devant des enseignes de marques familières et des tenues vestimentaires qui sont communes à toutes les villes occidentales. Cependant, tout change au bout de cette longue artère commerciale. Les avenues s’élargissent dans des proportions qu’on ne retrouve guère qu’à Paris (au Trocadéro ou aux Champs Elysées). Devant vous se dressent de grands édifices anciens – dont le fameux Staatsoper, l’Opéra National -, avec leurs statues et leurs fontaines, des églises et des hôtels prestigieux. Vous voici à Karlplatz, dans le cœur historique de Vienne. Le Ring – littéralement « l’anneau » -, cette ceinture de boulevards issue des anciennes fortifications, commence ici et vous invite à la plus délectable flânerie dans des rues – telle la Kärntnerstrasse – bondées de boutiques de luxe. Une succession de façades blanches, jaunes, roses et vertes, avec leurs hautes fenêtres stylisées et leurs balcons chargés de fleurs, se découvre progressivement à vous. Pas de voitures pour troubler votre déambulation rêveuse, sinon q elques calèches tirées par des attelages de chevaux blancs et noirs : prix de la course, entre 45 et 65 e. Au bout d’une heure de marche,
vous vous retrouverez non loin de votre point de départ. Une occasion pour faire une halte dans l’un de ces grands cafés qui participent aussi de la réputation de Vienne. Allez spécialement au « Schwarzenberg », très réputé pour la qualité de ses « strudels » (pâtisserie à base de pommes, de raisins secs et de citron). Oubliez momentanément votre taux de glycémie et accompagnez votre dégustation d’un café relevé de crème et d’alcool : le plaisir de vos papilles sera alors complet. La douceur de vivre, partout affichée ici, se retrouve aussi dans les nombreux parcs et jardins qui jalonnent l’espace public. Outre le traditionnel mobilier urbain que sont les bancs et les chaises, la municipalité met gracieusement à disposition des promeneurs des transats (voire des sièges plus « design ») qui sont autant d’invitations à la paresse et même au bronzage en période estivale !

L’apologie de la musique

Dans cette ville si soucieuse de son patrimoine historique, les arts tiennent évidemment une place considérable. Sans d’ailleurs établir une hiérarchie stricte entre les différents styles et époques. Au niveau des arts plastiques, les expressions contemporaines, que ce soit au Quartier des arts ou à la Kunsthalle, voisinent des structures et des formes plus anciennes. Ainsi, au Musée Léopold, on peut voir, dans les étages supérieurs, les œuvres graves et hiératiques de Klimt, Schiele ou Moser et, au sous- sol, les tableaux déjantés d’un Otto Muelh. Vienne peut s’enorgueillir de quelques très beaux musées, comme l’Albertina ou le Belvédère ; et c’est sans même parler de lieux d’expositions plus discrets mais non moins importants pour la légende viennoise, comme le petit musée Sigmund Freud, dans l’appartement 19 Berggasse, oùlepèredela psychanalyse officia plusieurs décennies durant. Mais c’est la musique qui se taille ici la part du lion avec des concerts quotidiens ( Schubert, Strauss, Beethoven) et des bateleurs en costumes d’époque qui abordent les passants pour leur proposer des places à des prix souvent élevés – entre 30 et 80 e. Quoique natif de Salzbourg, Mozart a son jardin et sa statue à Vienne ; il y est surtout joué tous les soirs. Le promeneur y rencontrera bien des monuments dédiés à de grands compositeurs – comme Brahms, près de Karlkirche. S’il baisse les yeux sur certains trottoirs, il découvrira, comme tombées du ciel, des étoiles célébrant les grands noms de la musique classique et moderne (à l’instar du célèbre « Hall of Fame » hollywoodien). La musique à Vienne : une institution autant qu’un art de vivre.

En métro ou en bateau

L’étendue de la capitale autrichienne implique forcément le recours à ses transports en commun. Vienne bénéficie d’un réseau de tramways et de métro parmi les plus faciles d’accès qui soient (on chercherait en vain des portillons automatiques comme chez nous). Profitez-en pour compléter votre connaissance de la ville à bon marché. D’autant que certains quartiers excentrés recèlent aussi des curiosités. C’est le cas pour Helligenstadt et sa « forteresse rouge », cité ouvrière formée d’immeubles en granit rouge et ornés de statues murales. Elle rappelle la vitalité des expériences collectivistes, entre 1920 et 1936, avant que ne s’abatte la chape de plomb nazie. De là, prenez le bus 38 qui vous conduira à Grinzing puis à Cobenzl, véritable havre de verdure et de monts d’où l’on peut contempler Vienne qui s’étire plus bas. Comment ne pas parler des navettes fluviales qui proposent de nombreuses formules de croisières sur le Danube (pas si bleu) ? A ces pièges à touristes, préférez plutôt une visite dans la forêt viennoise, notamment à Mayerling où, dans son pavillon de chasse, Rodolphe de Hasbourg vécût jusqu’à la mort son amour pour Marie Vetsera. Une chapelle, depuis, en perpétue le souvenir.
Ce sont là quelques reflets de Vienne, ville baroque, romantique, métissée, où la culture allemande se conjugue aux influences italienne et hongroise. Elle enchantera certainement tous ceux qui associent le tourisme à la découverte culturelle et à l’émoi esthétique.

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