Gilmas ou la tentation de New York

Talents d’ici  /   /  de Jacques Lucchesi

Né à Marseille où il a passé sa prime jeunesse avant d’aller étudier la philosophie à Paris, Gilles Moumas – alias Gilmas – aurait pu, comme bien d’autres, se satisfaire d’une confortable situation d’enseignant et cultiver parallèlement son goût pour la musique. Mais il faut croire que ce clivage existentiel lui était insupportable puisqu’en 2013, ce fringant quadragénaire a choisi de s’expatrier à New York – ville qu’il adore – pour vivre pleinement (de) sa  passion. Depuis, il écrit, compose et chante dans des clubs comme un véritable professionnel. A la veille de sortir un nouvel album, cet auteur-compositeur doué et prolifique – plus de deux cents chansons à son actif – a bien voulu nous éclairer sur son parcours atypique.

ToutMa : Comment la musique s’est-elle imposée dans ta vie, au point de vouloir devenir chanteur dans le contexte social actuel ?

Gilmas : Tu as employé le bon terme : imposée. La musique est une passion, une vocation, donc littéralement un « appel ». Il est risqué, voire déraisonnable d’y céder mais le refuser est plus douloureux encore. Changer de vie m’est apparu comme une nécessité intérieure. Quant au contexte actuel, il est en effet difficile. Heureusement, un nouveau modèle économique se met en place aujourd’hui : le streaming. La plupart des fans de musique souscrivent un abonnement auprès d’une plateforme de streaming, comme Spotify, Deezer ou Apple Music. Les artistes sont rémunérés par un pourcentage sur le nombre d’écoutes. Le numérique a juste transposé la logique ancienne du disque. Ceci dit, être chanteur n’a jamais été, pour moi, le produit d’un calcul. Plus qu’être chanteur, ce qui me passionne, c’est d’être un musicien, un créateur. J’adore concevoir un projet de A à Z, partir d’une intuition – ou d’une inspiration – et la faire grandir peu à peu jusqu’au produit fini. Je joue de différents instruments (piano, basse, guitare, percussions). J’ai mon studio personnel, j’écris, compose, arrange, mixe. J’ai toujours été fasciné par la figure de l’artiste total, de l’homme-orchestre façon Prince. J’y retrouve, au fond, ce avec quoi je pensais avoir rompu en arrêtant la philosophie : l’amour du système et le désir de maîtrise. Comme quoi !

TM : Pourquoi le choix de New York comme lieu de vie et de travail ? Qu’as-tu trouvé là-bas que tu ne pouvais avoir en France ?

G : Je suis venu à NY pour la première fois comme touriste, il y a 4 ans. J’ai eu un coup de coeur pour cette ville sur laquelle, enfant, je rêvais et écrivais des poèmes. L’énergie de cette ville et l’optimisme des américains contrastent avec la mélancolie française. Louis-Ferdinand Céline a écrit que
« New  York est une ville debout ». Je dirais que c’est une ville au travail, un maelstrom perpétuel. L’esprit de compétition se marie avec un esprit d’ouverture et une vraie chaleur humaine des New-yorkais : quel contraste avec la froideur des Parisiens ! C’est le New York state of mind que chante Billy Joel par exemple. Pour moi, c’est plus une différence de mentalité, un sentiment que tout est possible, qu’une opportunité professionnelle précise. Réussir dans la musique est difficile, ici comme ailleurs. Mais il y a peut-être moins de népotisme et de copinage. Si quelqu’un pense pouvoir faire des affaires avec vous, il vous donnera votre chance, qui que vous soyez. À voir, donc !

TM : Quelle est la coloration musicale de ton dernier album ? Comment tu le situes dans ta carrière et qu’en espères-tu ? Enfin, comment le public français peut-il se le procurer ?

G : Je dirais que c’est de la pop music (guitares acoustiques, basse, mandoline) avec des influences électro, notamment par l’usage des loops, dans les rythmiques par exemple – comme dans Out Of Manhattan. Je trouve ce  métissage intéressant. Il y a aussi une dimension cinématique, comme dans Amor Fati ou Rise In Love, avec des cordes et des chœurs. J’aime que la musique soit comme la bande-son d’un film que se crée l’auditeur. C’est mon troisième album et le premier à New York. Il est nourri de ma vie ici et de mes expériences en tous genres. J’en attends à la fois tout et rien de précis. Mes chansons sont comme mes enfants : elles vont vivre leur vie propre. Je les ai mises au monde mais je ne sais pas ce qu’il va leur arriver. Je souhaite seulement qu’un grand nombre de personnes les aiment et se retrouvent en elles. L’album s’intitulera New York Snapshots et sera disponible dès la deuxième quinzaine de septembre sur les principaux sites de streaming (Deezer, Spotify, Apple Music, etc.), ainsi que sur mon site gilmasmusic.com.

Album-CoverGilmas

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