Valentine Gauthier, la mode est une fête

Célébrités  /   /  de Linda Mestaoui

Gauthier avec ou sans H est un patronyme qui rime avec la mode. Valentine impose le sien dans l’univers du prêt-à-porter avec l’ouverture de sa boutique parisienne, consécration totale. Son univers est coloré et mélange les codes générationnels : blouson rock en tissu Prince de Galles, costume « boyish » imprimé panthère ou encore trench classique en sky croco rouge très 70’s. Le ton est donné ! Entretien avec une Marseillaise qui conserve la chaleur humaine de ses origines méditerranéennes.

ToutMa : Tu es installée à Paris depuis une quinzaine d’années, quel lien entretiens-tu avec Marseille ?

Valentine Gauthier : C’est une ville qui me ressource et m’aide à déconnecter de Paris. J’y retrouve mes habitudes : aller manger chez Le Belge en été, naviguer si j’en ai l’occasion, faire de longues promenades dans les calanques avec mon fils…

TM : Peux-tu nous parler de ton enfance phocéenne ?

VG : J’ai grandi sur le plateau du Castelet, juste à côté du circuit Paul Ricard. Mon père était pilote d’essai et metteur au point sur les formules 1 à la grande époque des courses automobiles. J’ai été bercée par le bruit des moteurs, du Bol d’Or. Je retiens aussi des souvenirs d’aviron, de sortie en pleine mer avec le Rowing club de Marseille, été comme hiver. C’était une période de liberté absolue que je recherche à chaque instant. Mes grands-parents ainsi que ma cousine habitent la Cité Radieuse de Le Corbusier. Ce lieu a déclenché chez moi une passion pour un certain type d’architecture, et a aiguisé ma quête de l’astucieux.

TM : As-tu toujours voulu travailler dans la mode ?

VG : Depuis l’enfance, j’ai toujours beaucoup peint et dessiné. Je m’imaginais faire un travail artistique. Ma nourrice était couturière et je passais beaucoup de temps avec elle à la regarder travailler. Nous nous mettions dehors, au soleil, bercées par le chant des rouges-gorges. Ma mère était une férue de mode assez excentrique, au style plutôt gentleman londonien, « boyish » avant l’heure. Sa penderie était dans ma chambre, je pouvais y contempler sa garde-robe hétéroclite et piocher dedans pour me déguiser : entre sabots de bois suédois peints à la main très 70’s, robes ultra longues en mousseline fleurie, costume trois pièces en Prince de Galles, collection infinie de chapeaux… À la fin des années 1980, début 1990, elle a voué un culte au style Saint-Laurent. Certaines pièces étaient des modèles de collections signés, sinon c’était des modèles « inspirés de », réalisés par ma nourrice qui avait cherché le tissu idéal dans des boutiques aixoises… autant dire qu’elle ne laissait pas les passants indifférents dans les rues de Marseille ! C’était un électron libre.

TM : Comment t’est venue l’idée de créer ta propre marque ?

VG : Tout simplement après avoir remporté le festival de Dinard. L’envie de liberté qui guidait mes pas m’évitait d’avoir peur. La marque fête officiellement ses huit ans, même si mon travail en solo date de 2007. Après une première boutique rue Charlot, à Paris, un pop-up à Saint-Germain et des collaborations formidables, une nouvelle histoire est en train de s’écrire en ce moment. J’ouvre un « bateau amiral » (traduction de « flagship store ») sur le boulevard Beaumarchais, à Paris, avec studio et showroom en étage, ainsi que deux boutiques sur rue. J’aime me sentir proche de mes équipes ainsi que de mes clientes.

Il me faut du détail, de l’attitude, de l’opposition (…) J’essaye d’arriver à une silhouette juste et moderne grâce à des petits détails.

TM : Parle-moi de tes rêves…

VG : À l’avenir je rêve de pouvoir créer des collections homme. C’est un sujet très présent dans nos conversations internes depuis deux ans maintenant, des pièces unisexes étant déjà présentes dans mes collections. L’extension de notre développement à l’international, sur des territoires ciblés, est aussi au cœur de nos discussions.

TM : Quels créateurs admires-tu ? 

VG : J’admire Martin Margiela, je l’ai connu à mon arrivée à Paris. C’est cet homme qui m’a fait aimer ce métier. Sa candeur, son intelligence, sa bienveillance sont des qualités suffisamment rares dans le secteur pour être soulignées. J’aime Christophe Lemaire pour son sens de l’épure et aussi Isabel Marant qui a su imposer son style. Elle a toujours tenu bon son cap et je la considère comme un exemple de réussite au féminin. D’une certaine manière, elle a ouvert les portes à une mode créée par une femme pour les femmes, comme d’autres avant elle : Coco Chanel, Sonia Rykiel

TM : Quel est le thème de ta prochaine collection ?

VG : Le thème de l’été 2018 est une fête qui s’enivre de l’énergie déjantée des années 1980, s’installe sur le dancefloor du Studio 54, son club fétiche, transportée par l’insouciant hédonisme de ses nuits stroboscopes. Ça semble compliqué dit comme ça… En résumé « la mode est une fête » ! C’est aussi une référence au Krypton, discothèque marseillaise légendaire.

TM : Comment construis-tu tes collections ?

VG : Ça commence surtout avec des envies ! J’écoute, j’observe, je scrute les femmes sur lesquelles je me retourne. J’écoute les besoins de mes amies, jeunes ou moins jeunes, et les miens aussi. Puis je me lance dans la recherche des bons tissus et imprimés. Ce sont eux qui détermineront ma saison. La coupe aussi est essentielle, l’allure qu’elle doit donner au porté, une nonchalance étudiée. Il me faut du détail, de l’attitude, de l’opposition, puis la collection se construit et les éléments qui twistent le look sont ajoutés. J’essaye d’arriver à une silhouette juste et moderne grâce à des petits détails. Ça peut être une veste légèrement trop grande sur une jupe étroite, une couleur plus soutenue qu’à l’usage, une ceinture fluo à la boucle subtilement gainée de python qui vient réveiller une robe en néo dentelle bleu nuit. Dans mon travail le stylisme est aussi important que la création d’une pièce.

TM : Penses-tu retourner dans le Sud un jour ?

VG : Le Sud me manque, l’odeur des pins, de la mer, la plongée, la douceur de vivre. Le mistral ne me manque pas en revanche… il rend fada. Mais j’ai trouvé un équilibre entre mon Sud natal et cette ville épuisante mais fascinante qu’est Paris. La plupart de mes amis y vivent, des Français mais aussi des étrangers. Il y a une richesse multiculturelle ici, que je connaissais aussi à Marseille, mais là, elle est décuplée. Marseille et ses alentours sont un peu mon repos du guerrier… la Corse aussi d’ailleurs. L’authentique, le franc-parler… l’humour et le « Oh Nine, il faut se détendre la Parisienne, ça ira pas plus vite », à dire avec l’accent, me font redescendre immédiatement d’un cran.

www.valentinegauthier.com

Boutique Rive Droite :
88 boulevard Beaumarchais, 75011 Paris
boutique@valentinegauthier.com
du mardi au samedi de 10h30 à 14h et de 15h à 19h30

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