Marc Chagall, entre ombre et lumière : itinéraire d’un destin marqué par l’Holocauste

Photo / Art  /   /  de ToutMa

C’est au sein du magnifique hôtel de Caumont, en plein cœur d’Aix-en-Provence, que Culturespaces, premier opérateur culturel dans le Sud de la France, nous invite, après le succès de l’exposition Nicolas de Staël, à découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Marc Chagall, à travers un point de vue jusqu’alors peu abordé par la muséographie. 

Marc Chagall, au style évolutif et inclassable, connu pour être un maître incontesté de la couleur, des formes et de la technique, conserve, paradoxalement, une zone d’ombre, largement liée à ses origines hébraïques et au funeste destin du peuple juif pendant la guerre. Obsédé par la Bible, hanté par l’image de la crucifixion, il semble établir entre la souffrance de Jésus sur la Croix et celle des Juifs un parallèle incessant (L’Exode, 1952-1966). Une utilisation prononcée de la couleur noire dans son œuvre témoigne, alors, de l’exil intérieur et de la souffrance que l’on ne peut dire autrement que par l’art.

Car c’est bien la guerre et l’exil qui, en malmenant l’identité de Chagall (qu’il s’agisse de sa nationalité ou de sa confession), en ont révélé la souffrance. De son village natal biélorusse à la vie artistique parisienne (vers 1914), en passant par Moscou et Berlin, dans l’entre-deux-guerres, le peintre est poursuivi par l’exil, la fuite. La montée du nazisme dans les années 1930 et la tenue d’un autodafé de ses œuvres forcent Chagall à émigrer outre-Atlantique, où les artistes et, a fortiori, les Juifs, ne sont pas persécutés. 

De retour de l’exil en 1948, après les affres de la guerre, il s’installe, comme d’autres « grands » (Matisse, Braque, Picasso, Bonnard) dans le Sud de la France. Pourtant, habité par le spectre de l’Holocauste qu’il n’a connu que de loin, il ressent ce besoin de s’exprimer sur ce qui, à l’époque, est tu, tabou. Jusqu’aux années 1970, voire 1980, l’optimisme des Trente Glorieuses et la volonté d’oublier le passé l’emportent sur le témoignage des rescapés des camps que personne ne veut entendre. C’est alors, au travers de certaines toiles, que la tragédie du génocide s’aperçoit dans l’œuvre du peintre. En exprimant sa douleur, il tait la couleur. Les Amoureux au poteau (1951), toile sombre où l’ombre de son sinistre village natal, situé près de Vitebsk, se mêle à des corps enchaînés, traduit une certaine représentation de la douleur par la noirceur.

Le passage à la couleur, après cette période tourmentée, et l’installation de l’artiste dans le Sud,
témoignent d’un renouveau de son art au contact des potiers, céramistes, émailleurs, costumiers et des lumières de l’Azur. Il témoigne aussi d’une vague d’optimisme intérieur (L’Arlequin et Le  Village fantastique), toujours liée aux origines du peintre, avec la création, en 1947-1948, de l’État d’Israël. À cette époque, l’œuvre de Chagall prend aussi du relief : céramiques, sculptures… 

Cette exposition, qui bénéficie des prêts exceptionnels de la Taisei Corporation à Tokyo et de la collection Odermatt, présente des œuvres, pour beaucoup issues de collections privées, très rarement exposées en Europe. Conçue par les commissaires Ambre Gauthier et Meret Meyer, avec la scénographie d’Éric Morin, elle s’admire à l’hôtel de Caumont jusqu’en mars prochain.

Jusqu’au 24 mars
Tous les jours de 10h à 18h
Hôtel de Caumont, Centre d’Art 
3 rue Joseph Cabassol
Aix-en-Provence
_www.caumont-centredart.com

TEXTE _Romain Bony-Cisternes
REPRODUCTIONS _© ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

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